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« Reproduisez-vous, devenez nombreux, remplissez la terre et soumettez-la!»

Par Adrien Tallent, César Lacombe - 10 novembre 2018

La planète va mal. Inutile de s’étaler sur ce propos pour enfoncer une porte ouverte, l’immense quantité d’information dont on nous submerge quotidiennement pour nous rappeler ce fait est suffisante. Les transformations que l’Homme a causé à son milieu ont bouleversé l’écosystème de notre chère planète Terre et sont en train de radicalement modifier l’habitabilité de cette dernière.

Temps de lecture : 6 min

A l’origine de la rupture entre l’Homme et la nature, on ne peut que reprendre la célèbre phrase de la Genèse :
“Puis Dieu dit : « Faisons l'homme à notre image, à notre ressemblance! Qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre.» 
Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu. Il créa l'homme et la femme. 
Dieu les bénit et leur dit: « Reproduisez-vous, devenez nombreux, remplissez la terre et soumettez-la! Dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tout animal qui se déplace sur la terre! »”

L’Homme est cet animal qui n’est pas comme les autres, l’Homme n’est pas au monde comme les autres. Tandis que les animaux sont dans la nature, l’Homme, lui, est justement spécifique en tant qu’il est hors de la nature, et même, la nature est précisément ce dont il doit se séparer car c’est ce qui le rendrait comme les autres animaux. L’Homme c’est un être de raison, c’est l’être qui est allé sur la Lune, qui a maîtrisé la fission et la fusion nucléaire, c’est l’être qui a exploré les quatres coins du globe, qui arrive à voler comme les oiseaux dans des avions, vivre sous l’eau comme des poissons dans des sous-marins, aller plus vite que le guépard dans une voiture, c’est cet être suprême. 
Et le développement de la science moderne qui matérialise l’augmentation de l’utilisation de ce don suprême qu’est la raison va dans ce sens. Nous devons “nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature” nous disait Descartes dans Le Discours de la méthode. On voit bien là l’ambition de la science moderne, il faut augmenter notre emprise sur le monde, le comprendre, le modéliser, le transformer et le plier à notre volonté. Il faut rendre la terre plus productive en utilisant des produits chimiques comme il faut rendre la mer plus productive en raclant le fond des océans. 
L’Homme n’est pas comme les autres, c’est un animal sédentaire qui a créé des organisations complexes et qui a crû de manière unique. Il lui a alors fallu soumettre le monde pour sous tendre ce développement formidable et inarrêtable.

Mais dans tout cela, il y a eu rupture, parallèlement au fait que l’Homme a accru son emprise sur le monde, il a accru son savoir sur le monde. Il en sait plus, il a appris le fonctionnement de l’atome, le cycle de l’eau, le fonctionnement des plantes… et il a en fait appris qu’il y a des équilibres naturels qui existent et qui régissent un lieu. C’est la notion d’écosystème, c’est un “système formé par un environnement (biotope) et par l'ensemble des espèces (biocénose) qui y vivent, s'y nourrissent et s'y reproduisent” d’après le dictionnaire Larousse. C’est l’idée qu’il y a une interaction entre les êtres vivants et leur milieux. Ce mot est inventé par Sir Arthur George Tansley, un botaniste britannique, en 1935. L’écosystème existe à plusieurs échelles, on peut le retrouver à des échelles locales comme une île, une forêt, une région, mais au dessus de tout cela, il y a un écosystème global dans lequel nous sommes pris et qui se situe à l’échelle de notre chère planète bleue. La Terre est un écosystème où on y retrouve un tissu d’être vivants qui échangent avec leur milieu dans des relations diverses. Et l’Homme, si incroyable qu’il puisse être n’échappe pas à cette dynamique et fait partie de cet écosystème global. Mais alors que nous avons dit qu’il y a un certain équilibre qui se trouve en général à l’échelle d’un écosystème, l’Homme est par nature cet être qui vit dans le déséquilibre. Qu’est-ce que la notion de progrès matérialise-t-elle sinon un déséquilibre permanent qui se traduit par l’émergence du nouveau de manière mécanique ? 

Cette notion de progrès est devenue fondamentale et dans un contexte de sécularisation des sociétés, a presque remplacé Dieu. On a “foi dans le progrès”, on pense que quels que soient les problèmes auxquels nous sommes confrontés, des experts en blouse blanche dans un laboratoire, ou des génies de l’informatique dans un garage inventeront la solution à cette menace. Le progrès nous a amené là où nous sommes aujourd’hui, à notre société occidentale d’abondance consumériste, dès lors le progrès étant le progrès, on s’imagine régler le problème environnemental par la technique et qu’elle pourrait nous permettre de refroidir notre planète, mais on oublie souvent que même un frigo dégage de la chaleur dans son environnement extérieur. Il faudrait peut-être - pour une fois - faire descendre l’Homme de son piédestal et envisager que notre chère science ne nous livrera pas la solution dans une pochette surprise, que la solution ne se trouve pas dans le feu Prométhéen, que l’Homme n’est pas Dieu. 

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L'évangile nucléaire

L’invention de la bombe atomique a introduit, à partir de la fin de la seconde guerre mondiale, un nouveau type de menace, inédite dans l’histoire de l’humanité : la menace de la destruction totale. Nature ou pas, la technique humaine a trouvé le moyen de surpasser tout ce que la nature peut produire comme catastrophe. Désormais l’Homme a atteint le but final du progrès : la possibilité de tout détruire. 

  « Le danger le plus redoutable ce n’est pas tant que demain la bombe explose, c’est qu’elle existe déjà. Le danger ce n’est pas le feu nucléaire mais l’autodafé, la foi nucléaire. Cette foi, qui prépare dans ses catacombes de béton l’avènement d’une dernière civilisation, sous la crainte quasi-religieuse de la fin du monde, je veux parler de la “civilisation de l’armée”. »

– Paul Virilio, "L'évangile nucléaire", Esprit, avril 1974 - 

A force de s’éloigner de la nature, l’homme ne sait même plus ce qu’elle est, et la réduit à l’état d’apparat dans des univers pavés et bétonnés. La nature est belle quand elle est dominée en de petites fleurs devant une mairie mais effrayante la nuit dans une forêt. Pourtant malgré toute cette protection, toute cette technique, l’homme ne doit pas oublier sa condition d’animal que la technique lui a permis de dépasser en installant une opposition animal/homme. Car la célèbre phrase d’Horace ne dit-elle pas “chasse la nature à coup de fourche, elle reviendra toujours au pas de course”

  « la promesse du progrès disparaît pour laisser place à la menace du non-progrès puis à l’installation dans une situation de non-progrès, telle qu’on la montre dans le rapport Meadows par exemple »

– Paul Virilio, "Moralité de la fin", Esprit, mai 1973- 

Mobirise

Finalement, cette pensée dualiste où l’on opposerait l’Homme à la nature ne peut plus durer, aujourd’hui, l’Homme fait partie intégrante de l’écosystème Terre et en cela il doit comprendre que ce vers quoi il se dirige ce n’est ni plus ni moins que de scier la branche sur laquelle il est assis. C’est la survie de notre humanité qui se joue là, il ne s’agit pas de préserver une nature vierge, il s’agit de nous sauver nous, notre société, notre fonctionnement face à des évolutions dont on est la cause et que l’on peut inflexer. Certes, l’Homme ne disparaîtra sûrement pas de la surface de la Terre, mais le monde tel qu’on le connaît lui se transforme, et il est important d’avoir conscience que quand les changements sont trop importants, quand la pression monte et quand les idées ne suffisent plus, en général, c’est avec la force que ça se résoud. De la même manière que quand la tension est trop importante et qu’elle fait cramer le réseau électrique, quand le dialogue ne suffit plus, on finit généralement par se taper sur la gueule.

Le logo de l’ONG WWF représente un panda comme symbole de la nature qu’il faut défendre, mais cela pourrait être un homme à la place. Tous les climatosceptiques doivent intégrer que ces demandes ne sont pas juste des demandes de défense des pandas mais de l’Homme lui-même. Il ne s’agit plus maintenant de se dire que l’on va empêcher l’extinction du aye-aye ou de la salamandre géante de Chine, l’écologie est encore trop fortement ancrée dans les imaginaires comme l’idée de protéger seulement la nature vierge et les espèces en voie de disparition. La réflexion écologique contemporaine ne peut plus séparer l’Homme de la nature comme cela a été le cas des siècles durant, on ne peut plus aujourd’hui sortir l’Homme de la nature et faire comme si le problème ne nous concernait pas en réalité nous plus que tout autres.

Bien sûr on ne dit pas ici qu’il faudrait tout arrêter du jour au lendemain et retourner “à l’état de nature” et tourner le dos aux extraordinaires découvertes et inventions qui ont jalonné notre histoire. Seulement, il est temps de réfléchir à d’autres modes de production et de consommation, plus respectueux de l’environnement et donc de nous. Soyons humanistes ! 

Défendre de grandes causes, des causes de survie implique de prendre des risques, de participer autant que possible à la bataille. Si l’humanité est encore là dans 200 ans sans avoir subi des températures dantesques, peut-être serons-nous reconnaissant à tous ceux qui auront osé... 

Alors, qu’est-ce qu’on attend ?

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