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La Nuit tombée sur nos âmes, Frédéric Paulin

24.11.2021 – Par Adrien Tallent

La Nuit tombée sur nos âmes de Frédéric Paulin
2021
Agullo Editions

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2001, Gênes, Italie. Les dirigeants des huit nations les plus puissantes de la planète se réunissent à Gênes en Italie à l’occasion du sommet du G8. Frédéric Paulin y était. Étudiant, il avait, comme des jeunes de toute l’Europe, pris un bus à destination de la ville italienne pour participer au sommet parallèle altermondialiste pour lequel près de 400 000 personnes s’étaient données rendez-vous. Mais très vite la situation a dégénéré. Les images de guérillas urbaines, de manifestants ensanglantés avaient alors fait le tour du monde et la mort d’un jeune italien, Carlo Giuliani, tué par balle par la police italienne, était alors devenu le symbole tragique de cet événement.

Dans cet ouvrage, Frédéric Paulin romance alors les événements qui ont eu lieu autour du G8 avec de multiples personnages en empruntant tour à tour leurs différents points de vue : celui de jeunes manifestants, de policiers français infiltrés, d’un membre du cabinet de Jacques Chirac, de policiers italiens… Une chose ressort de ce livre : le sommet du G8 de Gênes a été le lieu et le moment unique de déferlement de violence dont personne ne ressortira indemne. La police italienne de Silvio Berlusconi répond aux attaques et vandalismes par une brutalité jamais vue dans une démocratie depuis la seconde guerre mondiale et qui culminera lors de l’assaut de l’école Diaz où dormaient des manifestants et des journalistes. S’en suivront détentions arbitraires et tortures qui vaudront d’ailleurs à l’Italie une condamnation par la Cour Européenne des Droits de l’Homme. A l’heure où les violences policières, le vandalisme des Black Blocs et plus généralement les manifestations qui dégénèrent sont au cœur des débats, ce livre est d’une étonnante actualité. 

LA VIOLENCE EN QUESTION

Ce livre présente la violence extrême qui a eu lieu lors du sommet pose la question générale de la légitimité de la violence en démocratie. Aujourd’hui, il est devenu presque systématique de voir des scènes de violence urbaine lors d’une manifestation entre la police et les fameux « casseurs ». 

« L’État est une communauté humaine qui, dans les limites d'un territoire, revendique avec succès pour son propre compte le monopole de la violence physique légitime. »

Max Weber


Si l’Etat a le monopole de la violence légitime qu’il exerce donc au travers notamment de la police, les manifestants face à eux justifient, eux, qu’en tant que manifestants rien ne peut être obtenu sans violence. En outre, les policiers peuvent abuser de leur pouvoir. C’est le cas des violences policières qui sont au cœur des débats depuis plusieurs années. Elles se posent avec force depuis les manifestations des gilets jaunes qui avaient donné lieu à des moments d’affrontements très violents entre policiers et manifestants. Pour autant, une démocratie se doit de limiter ce recours à la violence légitime. Face à des manifestants violents – le « bloc noir » comme l’appelait à l’époque les journalistes, la police adopte une posture philosophique bien connue : celle de la loi du Talion, œil pour œil, dent pour dent. La police est alors comme un mur qui renvoie la balle indéfiniment. 

« La police exerce une violence, certes légitime, mais une violence, et c’est vieux comme Max Weber ! »

Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur


La phrase du sociologue allemand est ainsi régulièrement citée afin de justifier la violence de la police. Pourtant, elle est souvent mal comprise. En effet, lorsqu’il parle de violence légitime, il décrit un état de fait, il décrit les choses telles qu’elles sont et non pas telles qu’elles devraient être. Il cherche par là à expliquer comment les Etats se sont constitués et non pas à justifier la violence. 

A Gênes en 2001, une partie des policiers voulaient « taper du communiste » et la situation a dérapé notamment lorsque ces policiers sont entrés dans une logique de vengeance après les affrontements de la journée en décidant d’intervenir dans l’école Diaz – lieu de résidence d’une partie des manifestants et de journalistes – pendant la nuit, d’arrêter et de frapper tous ceux qui leur tombaient sous la main. 

« La gestion de l'ordre public au G8 de Gênes fut tout simplement catastrophique. »

Franco Gabrielli, chef de la police italienne nommé en 2016


Il aura fallu 16 ans pour que la police italienne reconnaisse officiellement sa responsabilité dans les affrontements qui auront marqué un nombre incalculable de personnes à vie. Il y a eu un avant et un après, que ce soit du côté des manifestants altermondialistes mais aussi du côté de la police. De ce chaos une question demeure : la violence est-elle la solution ? Car, si la violence de la police a été justement condamnée, la violence ne serait-ce que d’une poignée d’individus dans une manifestation parasite le message. Néanmoins, une manifestation pacifique entraîne-t-elle des mesures ?

UN VOEU PIEUX

A Gênes, les manifestants altermondialistes des différents mouvements souhaitaient mettre un coup d’arrêt à la mondialisation. Il n’en fut rien. L’histoire a montré que ces trois jours de manifestations massives n’auront sans doute été qu’un coup d’épée dans l’eau. La mondialisation n’aura fait que s’intensifier. Si en 2000, la valeur totale du commerce mondial de marchandise était d’à peine plus de 6 000 milliards de dollars, elle atteindra 20 000 milliards de dollars en 2018. Un coup d'épée dans l'eau.

En outre, les images génoises seront bientôt remplacées par un autre événement qui, la même année, changera totalement la face du monde : les attentats du 11 septembre. 

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