Mobirise

Est-ce déjà demain ? Le monde paradoxal de l'après Covid-19, Ivan Krastev 

Premier Parallèle, 2020

19.01.2021 – Par Adrien Tallent

La pandémie nous aura tous touché, elle continue et continuera de le faire. Dès le premier confinement, spécialistes, penseurs et personnalités politiques avaient un sujet de prédilection : « le monde d’après ». Comment sera-t-il ? Y-aura-t-il véritablement un avant et un après COVID-19 ? Dans ce court essai rédigé pendant son confinement en Bulgarie, Ivan Krastev, politologue, collaborateur du New York Times et président du Center for Liberal Strategies à Sofia, nous livre ses impressions et réflexions. Mettre en lumière les paradoxes, les dangers mais aussi les opportunités politiques, voici ce qu’il s’est attaché à faire.

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Dès l’introduction et avant même d’évoquer le virus, l’auteur nous plonge dans un imaginaire dystopique, du Big Brother de 1984 au monde de Matrix. Nous avons l’impression de vivre dans un drôle monde, un monde qui effraie, qui angoisse, et qui surveille. Il revient alors sur ce « monde d’après » dont on parle sans cesse comme si l’ordre libéral allait mourir de lui-même or s’il a traversé des périodes difficiles, « il est toujours parvenu à se refaire une santé – et pourquoi en serait-il autrement aujourd’hui ? ». Une chose semble néanmoins certaine, cette crise a brouillé les frontières entre démocraties et régimes autoritaires. Les impacts de ce virus qui aura mis « le monde à l’envers » sont clairs : léthargie de l’Union Européenne, repli national, fermeture des frontières, démocratie en suspens, mais aussi économie en berne…

Pourtant, Ivan Krastev met en garde contre la tentation de concevoir hâtivement cette crise selon le prime des dernières crises connues : la menace terroriste, la crise migratoire et la crise financière. En utilisant un vocabulaire militariste, de guerre, les gouvernements ont en effet donné l’impression que le virus est une forme de terrorisme. Si la fermeture des frontières a été une triste conséquence de la crise sanitaire, elle a néanmoins toujours été un moyen de lutte contre les épidémies et ce « nationalisme du “restez chez vous”, est, par nature, substantiellement différent du nationalisme ethnique ».

Quant aux menaces pesant sur la démocratie, il n’est pas certain que le pire arrivera. Il faut noter que « les gens ont montré qu’ils pouvaient tolérer une restriction significative de leurs droits, mais pas que leur gouvernement manque à ses devoirs faute de préparation suffisante ». Il n’est pas certain que les populistes européens en profitent réellement ni que la Chine, qui semble la grande gagnante sur le plan géopolitique, s’en sorte particulièrement bien. Celle-ci a révélé « sa face sombre » par ses mensonges et sa politique très agressive à l’encontre de ses citoyens et des pays tiers. En outre, le mouvement de démondialisation qu’initiera la pandémie ne lui profitera pas, loin de là. En Europe, les experts, pourtant largement décriés depuis la crise financière ont fait leur retour. Le virus aura mis la démocratie à l’arrêt mais sans pour autant nous faire tomber dans le désir d’autoritarisme. Selon Krastev, ce virus, en nous forçant à rester chez nous, pourrait avoir pour effet de renverser la tendance populiste des dernières années.

Mais la menace la plus grave porte sur l’Union Européenne. Enfant chérie de la mondialisation, elle a été largement absente du début de la crise et pourtant elle ne pourrait ne pas se relever des disparités grandissantes entre ses membres et du mouvement de démondialisation. Néanmoins ce pourrait être ce mouvement qui pousse les Européens à enfin adopter plus de politiques communes et à se rapprocher encore davantage. 

L’avenir nous le dira.


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